Pour les parents pressés
Oui, c’est normal. La grande majorité des bruits que fait un bébé en dormant (grognements, gémissements, gargouillis, petits cris, reniflements) sont liés au sommeil agité, une phase qui représente jusqu’à 60 % du sommeil du nouveau-né. Pendant cette phase, bébé bouge, fait des mimiques, grogne et gémit sans être réveillé.
Ces bruits diminuent progressivement après 3 mois, quand le sommeil se restructure et que les voies respiratoires arrivent à maturité.
Ne le réveillez pas. Un bébé qui grogne dans son sommeil dort. L’interrompre désorganise ses cycles et aggrave l’agitation. Intervenez uniquement s’il pleure franchement ou montre des signes de détresse respiratoire.
Il est 3 heures du matin. Le babyphone crépite. Vous tendez l’oreille : grognements sourds, petits gémissements, un bruit qui ressemble à un effort de poussée. Vous vous levez, inquiet, et vous trouvez un bébé qui dort les yeux fermés. Vingt minutes plus tard, rebelote. Au bout de quelques nuits, la question finit par s’imposer : est-ce vraiment normal que mon bébé soit aussi bruyant quand il dort ?
La réponse courte : oui, dans l’immense majorité des cas. Mais comprendre pourquoi un bébé grogne, gémit ou s’agite dans son sommeil permet de mieux distinguer les bruits normaux de ceux qui méritent une attention particulière.
Pourquoi les bébés sont si bruyants la nuit
Le sommeil du nouveau-né ne ressemble pas du tout à celui d’un adulte. Les premières semaines, il s’organise en deux phases principales : le sommeil agité et le sommeil calme. C’est le sommeil agité qui est responsable de la quasi-totalité des bruits nocturnes.
Pendant le sommeil agité (l’équivalent du sommeil paradoxal chez l’adulte), le cerveau est très actif. Bébé bouge les bras et les jambes, fait des mimiques (sourires, froncements de sourcils, moues), tourne la tête et produit toute une palette sonore : grognements, gémissements, petits cris, gargouillis, reniflements, soupirs. Ses yeux bougent sous les paupières. Son rythme respiratoire est irrégulier, alternant entre respirations rapides et petites pauses. Tout cela est parfaitement normal.
Ce sommeil agité représente environ 50 à 60 % du temps de sommeil total chez le nouveau-né, contre seulement 20 à 25 % chez l’adulte. Autrement dit, plus de la moitié du temps que bébé passe à dormir, il est potentiellement bruyant. Voilà pourquoi partager la chambre avec un nourrisson peut être épuisant pour des parents au sommeil léger.
Les différents bruits et ce qu’ils signifient
| Bruit | Cause probable | Normal ? |
|---|---|---|
| Grognements sourds, efforts de poussée | Sommeil agité, transit intestinal (gaz), immaturité du sphincter | Oui |
| Gémissements, pleurnichements brefs | Transition entre deux cycles de sommeil | Oui |
| Gargouillis, bruits de gorge | Salive, petites régurgitations, immaturité du carrefour aérodigestif | Oui |
| Reniflements, petits ronflements | Fosses nasales étroites, sécrétions nasales | Oui |
| Soupirs, respirations irrégulières | Immaturité du centre respiratoire (régulation en cours) | Oui |
| Sifflement aigu continu (stridor) | Laryngomalacie (ramollissement du larynx) ou autre anomalie des voies aériennes | À signaler au médecin |
La plupart de ces bruits sont liés à l’immaturité. Le système digestif du nourrisson est encore en rodage : les gaz progressent, le sphincter anal apprend à se coordonner (c’est ce qui provoque les fameux grognements de poussée), et de petites régurgitations silencieuses peuvent produire des bruits de gorge. Les voies respiratoires, elles, sont encore étroites : les fosses nasales d’un nouveau-né mesurent quelques millimètres de diamètre, ce qui suffit à créer des reniflements et de petits ronflements même sans rhume.
Le sommeil agité : une phase essentielle
Aussi perturbant qu’il soit pour les parents, le sommeil agité n’est pas un problème à résoudre. C’est une phase de développement indispensable. Pendant cette période, le cerveau du bébé traite les informations accumulées dans la journée : les sons, les images, les sensations. C’est une forme de « digestion » neuronale qui contribue au développement cognitif et à la maturation du système nerveux.
Le tableau de sommeil par âge montre bien cette évolution : la proportion de sommeil agité diminue progressivement au fil des mois. Vers 3 mois, le sommeil commence à se restructurer en cycles plus proches de ceux de l’adulte (sommeil lent léger, sommeil lent profond, sommeil paradoxal). Les bruits nocturnes diminuent nettement à partir de cette période.
| Âge | Part de sommeil agité | Bruits nocturnes |
|---|---|---|
| 0 à 1 mois | 50 à 60 % | Très fréquents, parfois quasi continus |
| 1 à 3 mois | 40 à 50 % | Fréquents, surtout en seconde partie de nuit |
| 3 à 6 mois | 30 à 40 % | En diminution nette, nuits plus calmes |
| Après 6 mois | 25 à 30 % | Occasionnels, proches du sommeil adulte |
Vers 4 mois, une régression de sommeil peut temporairement augmenter l’agitation nocturne. C’est une phase normale de réorganisation des cycles qui se résout en quelques semaines.
La règle d’or : ne pas intervenir trop vite
C’est le conseil le plus important et souvent le plus difficile à suivre. Quand bébé grogne, gémit ou s’agite dans son sommeil, le premier réflexe est de le prendre, de le bercer, de le nourrir. Or, dans la plupart des cas, bébé dort. L’interrompre en plein sommeil agité le réveille pour de bon, désorganise ses cycles et peut créer un cercle vicieux où le bébé a de plus en plus de mal à enchainer les cycles sans aide.
Avant d’intervenir, observez quelques instants. Un bébé en sommeil agité a les yeux fermés (ou mi-clos avec des mouvements oculaires rapides), il bouge mais ne semble pas en détresse, et les bruits sont intermittents. Il peut même sembler sourire ou froncer les sourcils. Si vous attendez 2 à 3 minutes, il y a de grandes chances qu’il se calme de lui-même et passe à une phase de sommeil calme.
En revanche, si bébé pleure franchement (pleurs soutenus, crescendo, avec les yeux ouverts et un visage de détresse), c’est un vrai réveil qui nécessite votre présence. Un bébé qui se réveille en pleurant de façon inconsolable a besoin d’être rassuré, nourri ou changé.
Les causes qui amplifient les grognements
Même si les grognements sont normaux, certains facteurs peuvent les rendre plus fréquents ou plus bruyants.
Le nez encombré. Un nourrisson respire exclusivement par le nez pendant les premières semaines. La moindre sécrétion nasale crée des bruits de reniflements et de ronflements. Un lavage de nez au sérum physiologique avant le coucher et au réveil dégage les voies nasales et peut réduire considérablement le bruit. Pensez aussi à maintenir un bon taux d’humidité dans la chambre (entre 40 et 60 %), en utilisant un humidificateur si l’air est sec, surtout en hiver avec le chauffage.
Les gaz et l’inconfort digestif. Un bébé qui grogne beaucoup en poussant, en se tortillant et en repliant les jambes sur le ventre élimine probablement des gaz. Ce phénomène est particulièrement fréquent en première partie de nuit, après le dernier biberon ou la dernière tétée. Les coliques du nourrisson peuvent aussi se manifester par des grognements et une agitation nocturne dans les trois premiers mois. Pour limiter les gaz, veillez à bien faire roter bébé après les repas et à maintenir une position semi-verticale pendant 15 à 20 minutes après le biberon.
Le reflux gastro-oesophagien (RGO). Un bébé qui régurgite beaucoup peut produire des bruits de gorge, des raclements et des petits gémissements en position allongée, quand le contenu de l’estomac remonte plus facilement. Si les grognements s’accompagnent de pleurs au moment du coucher, d’un dos qui se cambre, de refus alimentaires ou de régurgitations abondantes, signalez-le à votre pédiatre.
La température de la chambre. Une pièce trop chaude ou trop froide perturbe le sommeil et augmente l’agitation. La température idéale se situe entre 18 et 20 °C. Pensez à adapter la tenue de nuit de bébé à la température ambiante pour éviter qu’il ait trop chaud ou trop froid.
Quand les bruits doivent alerter
Dans la grande majorité des cas, les grognements nocturnes sont bénins. Mais certains bruits ou signes associés méritent un avis médical.
Consultez votre médecin si :
Bébé grogne à chaque respiration, y compris éveillé et au repos (pas seulement pendant le sommeil).
Vous observez un tirage : les muscles du cou, de la poitrine ou sous les côtes se creusent à chaque inspiration, signe que bébé fait un effort pour respirer.
La respiration est anormalement rapide (plus de 60 respirations par minute au repos chez un nouveau-né).
Bébé présente un stridor : un sifflement aigu et continu, surtout à l’inspiration, qui peut indiquer une laryngomalacie ou une autre anomalie des voies aériennes.
Le teint de bébé change pendant les épisodes de grognement : lèvres bleutées, pâleur inhabituelle, teint grisâtre.
Bébé a de la fièvre associée aux grognements.
Les bruits s’aggravent au fil des semaines au lieu de diminuer, ou bébé semble fatigué et mange moins bien que d’habitude.
La laryngomalacie est la cause la plus fréquente de stridor chez le nourrisson. Le larynx, encore mou et immature, se replie partiellement sur lui-même à l’inspiration, produisant un bruit aigu caractéristique. Ce phénomène est bénin dans la grande majorité des cas et se résout spontanément vers 12 à 18 mois, quand le cartilage se raffermit. Mais un avis ORL est nécessaire pour confirmer le diagnostic et s’assurer qu’il n’y a pas de forme sévère nécessitant une surveillance rapprochée.
Selon le site 1000 premiers jours (programme national de prévention), il est normal que bébé bouge en dormant et il n’est généralement pas nécessaire d’intervenir. Si bébé est trop agité, qu’il gémit ou semble inconfortable, on peut intervenir pour le rassurer et l’aider à se rendormir, mais sans le réveiller systématiquement.
Comment favoriser des nuits plus calmes
Vous ne pouvez pas supprimer le sommeil agité (et ce ne serait pas souhaitable). Mais vous pouvez créer un environnement qui limite les facteurs aggravants et favorise un sommeil de meilleure qualité.
Optimisez l’environnement de la chambre. Température entre 18 et 20 °C, obscurité suffisante, bruit de fond stable (un bruit blanc léger peut aider certains bébés à ne pas se réveiller entre les cycles). Aérez la chambre chaque jour. Vérifiez que le matelas est ferme, plat et aux bonnes dimensions du lit.
Dégagez le nez avant le coucher. Un lavage nasal au sérum physiologique avant la mise au lit, surtout en période de rhume ou en hiver quand l’air est sec, peut faire une vraie différence sur le bruit nocturne.
Limitez les gaz. Faites roter bébé après chaque repas, maintenez-le en position semi-verticale 15 à 20 minutes après le biberon et vérifiez que la tétine est adaptée au débit (un débit trop rapide fait avaler de l’air).
Respectez le rituel du coucher. Un bain tiède, un moment calme, une dernière tétée ou un dernier biberon dans une ambiance tamisée aident bébé à s’endormir dans de bonnes conditions. Plus l’endormissement est serein, moins les transitions entre cycles seront agitées.
Éloignez le babyphone (ou baissez le volume). Si bébé dort dans sa propre chambre après 6 mois, un babyphone réglé trop sensible amplifie les moindres grognements et vous réveille pour rien. Réglez le volume pour n’entendre que les pleurs francs, pas chaque petit bruit de sommeil agité.
Le cas particulier de la deuxième partie de nuit
Beaucoup de parents constatent que leur bébé est calme en début de nuit puis devient bruyant et agité à partir de 4 ou 5 heures du matin. Ce n’est pas un hasard. La répartition du sommeil agité et du sommeil calme n’est pas uniforme au cours de la nuit.
En début de nuit, le sommeil profond (calme) prédomine. C’est la période la plus réparatrice et la plus silencieuse. En seconde partie de nuit, la proportion de sommeil agité augmente. Le bébé bouge davantage, grogne, fait des bruits et traverse des micro-réveils plus fréquents. C’est pour cette raison que les réveils nocturnes se concentrent souvent en fin de nuit.
Ce schéma s’observe aussi chez l’adulte (nous rêvons davantage en fin de nuit) mais il est beaucoup plus marqué chez le nourrisson. Avec la maturation du sommeil, cet écart s’atténue et la deuxième partie de nuit devient progressivement plus calme.
Questions fréquentes
Mon bébé grogne en poussant toute la nuit, est-ce de la constipation ?
Pas nécessairement. Les grognements de poussée nocturnes sont très fréquents chez le nourrisson de moins de 3 mois et correspondent souvent à la dyschésie : bébé apprend à coordonner la poussée abdominale et le relâchement du sphincter anal. Ce n’est pas de la constipation. Si les selles sont molles et d’aspect normal quand elles arrivent, il n’y a rien à faire. En revanche, si les selles sont dures, en petites billes, et que bébé souffre vraiment au moment de la défécation, c’est peut-être une vraie constipation qui mérite un avis médical.
À partir de quel âge les grognements nocturnes disparaissent-ils ?
Les grognements diminuent significativement à partir de 3 mois, quand le sommeil se réorganise et que les voies respiratoires arrivent à maturité. Vers 6 mois, la plupart des bébés sont beaucoup plus silencieux la nuit. Certains enfants restent naturellement plus bruyants que d’autres, surtout s’ils ont le nez facilement encombré ou un terrain allergique, mais les grognements soutenus et quotidiens sont typiquement un phénomène des trois premiers mois.
Faut-il séparer bébé de la chambre parentale s’il est trop bruyant ?
Les recommandations de prévention de la mort inattendue du nourrisson conseillent de garder bébé dans la chambre parentale pendant les 6 premiers mois. Si les bruits nocturnes perturbent beaucoup votre sommeil, vous pouvez éloigner le berceau (à l’autre bout de la chambre plutôt que juste à côté du lit), utiliser des bouchons d’oreilles légers (vous entendrez quand même les vrais pleurs), ou vous relayer avec votre conjoint pour que l’un des deux puisse dormir dans une autre pièce certaines nuits. L’important est de trouver un équilibre entre la sécurité de bébé et le repos des parents, car des parents épuisés sont moins vigilants.
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Journaliste de formation et père de quatre enfants, j’ai appris la parentalité comme beaucoup d’autres : en faisant, en me trompant parfois, et en ajustant au fil du quotidien.
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