Temps de lecture : 7 min | Mis à jour : mars 2026
Une douleur soudaine dans le bas-ventre ou l’aine en se levant d’un fauteuil, en toussant ou en changeant de position : c’est souvent la douleur ligamentaire de grossesse. Très courante, parfois surprenante par son intensité, elle est presque toujours bénigne. Mais comme toute douleur abdominale pendant la grossesse, elle mérite d’être comprise, reconnue, et distinguée des signes qui justifieraient une consultation.
Vécu de parent
La première fois que ma femme a eu une de ces douleurs, c’était au 5ᵉ mois. Elle s’est levée du canapé et a poussé un cri. Élance vive, localisée dans le bas-ventre, côté droit. Disparu en trente secondes. Inquiet, je ne savais absolument pas ce que c’était. Douleur abdominale enceinte, ça fait peur quand on ne connaît rien à la grossesse. C’est l’obstétricien qui nous a expliqué : ligaments ronds, croissance de l’utérus, phénomène normal. En quelques mots, l’inquiétude était tombée. Depuis, à chaque nouvelle élance, on savait. C’est exactement pour ça que cette information mérite d’être connue avant d’en avoir besoin.
Pourquoi apparaissent les douleurs ligamentaires pendant la grossesse ?
Les douleurs ligamentaires de grossesse sont liées principalement aux ligaments ronds, deux structures fibreuses qui relient l’utérus à la région de l’aine des deux côtés. Ces ligaments ont pour rôle de maintenir l’utérus en position. Pendant la grossesse, l’utérus grossit de manière considérable : il passe d’une taille comparable à une prune à celle d’une pastèque entre le début et la fin de la grossesse. Les ligaments ronds, qui mesurent quelques centimètres au départ, s’étirent et s’épaississent pour accompagner cette croissance.
L’hormone relaxine, sécrétée par le placenta dès le début de la grossesse, joue un rôle important dans ce processus : elle assouplit les ligaments et les articulations du bassin pour préparer l’accouchement. Cet assouplissement, indispensable, rend aussi ces structures plus sensibles à la tension et aux changements brusques de position. Une traction soudaine sur un ligament déjà étiré provoque la douleur caractéristique, souvent décrite comme une « élance » ou un « tiraillement ».
Bon à savoir
Les douleurs ligamentaires sont souvent plus marquées lors d’une première grossesse, car les ligaments n’ont jamais subi cet étirement progressif auparavant. Lors des grossesses suivantes, les ligaments étant déjà assouplis, les douleurs peuvent être moins intenses ou apparaître plus tôt.
Où se localisent les douleurs ligamentaires ?
La localisation typique est le bas-ventre, l’aine et les flancs, souvent d’un seul côté (mais parfois des deux). La douleur suit le trajet du ligament rond, qui part de chaque côté de l’utérus et rejoint l’aine puis le périnée. C’est pourquoi la douleur peut être ressentie aussi bien dans le bas-ventre que dans la cuisse interne ou la région pubienne.
Elle survient le plus souvent lors de mouvements brusques : se lever rapidement, se retourner dans le lit, tousser, éternuer, rire ou monter un escalier à grande vitesse. Sa durée est généralement courte, de quelques secondes à quelques minutes, et elle cède au repos.
D’autres structures ligamentaires peuvent aussi être sources de douleurs pendant la grossesse : les ligaments sacro-iliàques (entre le sacrum et les os iliaques) et le ligament pubien (symphyse pubienne). Ces douleurs se localisent plutôt dans le dos bas, les fesses ou le pubis, et correspondent à une problématique légèrement différente (symphéysite pubienne ou douleurs pelviennes de grossesse) qui peut nécessiter un suivi kinésithérapeutique.
À quel moment de la grossesse apparaissent-elles ?
Les douleurs ligamentaires apparaissent le plus souvent entre la 14ᵉ et la 27ᵉ semaine d’aménorrhée, soit durant le 2ᵉ trimestre. C’est la période où l’utérus croît le plus rapidement en taille relative et où les ligaments ronds subissent l’étirement le plus important. Elles peuvent cependant débuter dès la fin du 1ᵉ trimestre chez certaines femmes, ou persister jusqu’au terme.
Au 3ᵉ trimestre, d’autres types de douleurs pelviennes et lombaires deviennent plus fréquentes, liées au poids du bébé, à la posture qui se modifie et à la préparation du bassin pour l’accouchement. Les douleurs ligamentaires stricto sensu restent présentes mais sont parfois mélangées à ces autres inconforts. Connaître l’évolution du corps mois par mois aide à contextualiser ces changements : les articles sur le 5ᵉ mois de grossesse et le 6ᵉ mois de grossesse donnent des repères concrets.
Comment distinguer une douleur ligamentaire d’une douleur qui nécessite une consultation ?
C’est la question essentielle. La douleur ligamentaire typique a des caractéristiques bien précises : elle est déclenchée par un mouvement, brève (quelques secondes à quelques minutes), localisée dans le bas-ventre ou l’aine, et disparaît complètement au repos. Elle n’est pas accompagnée d’autres signes.
Attention : consulter si
La douleur est régulière, rythmique ou progressivement croissante (peut évoquer des contractions prématurées), accompagnée de saignements vaginaux, de pertes de liquide, de fièvre, de brûlures urinaires ou de malaise général. Ces signes associés justifient un contact rapide avec l’obstétricien ou le service maternité.
Une douleur du flanc droit isolée et persistante peut également évoquer une appendicite (plus difficile à diagnostiquer pendant la grossesse car l’appendice est déplacé vers le haut par l’utérus). En cas de doute sur la nature d’une douleur abdominale, le réflexe est de contacter son obstétricien plutôt que de patienter.
Comment soulager les douleurs ligamentaires au quotidien ?
Il n’existe pas de traitement spécifique pour les douleurs ligamentaires de grossesse, car elles sont liées à un processus physiologique normal. Mais plusieurs mesures pratiques permettent de les réduire significativement.
Ralentir les changements de position. La plupart des douleurs surviennent lors de mouvements brusques. Apprendre à se lever lentement, à se retourner dans le lit en bloc (en tournant d’abord les genoux, puis le buste), ou à se plier en avant en fléchissant les genoux réduit considérablement les épisodes douloureux.
Le repos et le changement de position. En cas de douleur, s’allonger sur le côté douloureux (pour détendre le ligament) ou se mettre en position génou-pectorale (quatre pattes avec les fesses en l’air) soulage souvent en quelques minutes. La chaleur douce (bouillotte enveloppée d’un linge) sur la zone douloureuse peut compléter ce soulagement.
Une ceinture de soutien pelvien. Pour les femmes qui souffrent fréquemment, une ceinture de grossesse ou de soutien pelvien peut réduire la traction sur les ligaments pendant la marche et les activités du quotidien. Ce dispositif est en vente en pharmacie et peut être prescrit par l’obstétricien si les douleurs sont importantes.
La kinésithérapie périnatale. Un kinésithérapeute spécialisé en périnatalité peut proposer des exercices d’assouplissement ciblés, des mobilisations douces et des conseils posturaux adaptés. C’est particulièrement utile si les douleurs sont invalidantes ou s’accompagnent de douleurs pelviennes plus larges (symphyse pubienne, bassin).
Le yoga prénatal et la natation. Ces activités douces assouplissent les muscles du bassin, renforcent les abdominaux profonds et réduisent la tension sur les ligaments. Elles améliorent également la qualité du sommeil, souvent perturbée par les douleurs. Pour des conseils sur le sommeil en cours de grossesse, l’article sur comment dormir enceinte donne des pistes pratiques complémentaires.
Les médicaments antalgiques pendant la grossesse
En cas de douleur intense, le paracétamol à la dose recommandée (1 g maximum par prise, espacée de 6 heures) est l’antalgique de référence pendant la grossesse. Il reste l’option la plus sûre en termes de données de sécurité pour le fœtus, à condition de ne pas en abuser sur la durée.
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, aspirine) sont formellement contre-indiqués à partir du 2ᵉ trimestre de grossesse en raison de risques fœto-toxiques sérieux (fermeture prématurée du canal artériel, atteinte rénale). Ils ne doivent pas être utilisés même en automédication pour des douleurs ligamentaires. Si le paracétamol seul ne suffit pas à gérer la douleur au quotidien, c’est un signal pour en parler à son obstétricien qui pourra orienter vers une prise en charge adaptée.
Ce qu’il faut retenir
Les douleurs ligamentaires font partie des inconforts les plus courants de la grossesse. Elles sont la manifestation visible d’une adaptation extraordinaire du corps : en quelques mois, l’utérus et son soutien ligamentaire se transforment pour accueillir un bébé. Cette douleur n’est pas un signal d’alarme. Elle mérite d’être reconnue, prise au sérieux dans son impact sur le quotidien, et soulage par des gestes simples. Si elle devient invalidante, une consultation en kinésithérapie périnatale change souvent la donne.
Articles liés
- Dormir enceinte : positions et solutions pour mieux dormir malgré les douleurs.
- Contractions grossesse : distinguer les douleurs ligamentaires des contractions du travail.
- Meilleur coussin de grossesse : soutien nocturne et diurne pour le bassin.
Questions fréquentes sur les douleurs ligamentaires de grossesse
Les douleurs ligamentaires peuvent-elles signaler une fausse couche ?
Non, une douleur ligamentaire typique (courte, déclenchée par un mouvement, qui passe au repos) n’est pas un signe de fausse couche. Les signes d’alerte d’une fausse couche sont différents : saignements vaginaux, douleurs continues et progressives, crampes persistantes ressemblant à des règles douloureuses. En cas de doute ou de combinaison de ces signes, consultez rapidement.
Douleur ligamentaire vs contraction : comment faire la différence ?
La douleur ligamentaire est localisée (souvent d’un côté), brusque, courte, et liée à un mouvement. La contraction est une tension diffuse de l’utérus (le ventre durcit), souvent régulière et rythmique. Une contraction peut être ressentie dans le dos et le bas-ventre simultanément. Si des tensions abdominales surviennent plus de 4 fois par heure avant 37 SA, contactez la maternité.
Les douleurs ligamentaires peuvent-elles durer plusieurs heures ?
Une douleur ligamentaire pure dure généralement quelques secondes à quelques minutes. Une gêne persistante sur plusieurs heures peut être liée à une contracture musculaire associée, à une inflammation locale ou à une autre cause. Si la douleur persiste plusieurs heures sans s’amender au repos, c’est un signal pour appeler son obstétricien.
Sources
- Haute Autorité de Santé : suivi de grossesse et douleurs pelviennes
- Ameli.fr : grossesse et modifications du corps
- Vidal : douleurs ligamentaires de grossesse
Dernière vérification : mars 2026
Cet article s’appuie sur les recommandations officielles des autorités de santé. Il ne remplace pas un avis médical. En cas de doute, consultez votre médecin ou obstétricien.
Et aussi sur avis-parents.com
- Dormir enceinte : positions et solutions pratiques
- Contractions grossesse : les reconnaître
- Nausées grossesse : causes, durée et remèdes naturels

Journaliste de formation et père de quatre enfants, j’ai appris la parentalité comme beaucoup d’autres : en faisant, en me trompant parfois, et en ajustant au fil du quotidien.
Sur avis-parents.com, j’essaie de partager des contenus utiles, clairs et honnêtes, pour aider les parents à mieux comprendre certaines situations, sans donner de leçons ni promettre de solutions miracles.
Les articles publiés s’appuient sur des sources fiables, principalement françaises, et sur des repères d’experts lorsque cela a du sens, toujours avec prudence et recul.

