Ces erreurs que j’ai faites en tant que parent divorcé

Quand on devient parent seul une partie du temps, il y a des choses qu’on ne formule pas tout de suite. On avance. On fait ce qu’on peut. On veut que tout se passe bien, que les enfants ne manquent de rien, qu’ils ne ressentent pas trop les secousses.

On veut être irréprochable.

Et c’est peut-être là que certaines erreurs commencent. Pas par négligence. Par excès d’intention. Par cette envie sourde de compenser quelque chose qu’on n’arrive pas toujours à nommer.

Il y a des images qui restent. Une fille de quatre ans qui vous supplie de ne pas déménager. Une autre dont la première année n’existe pas. Pas d’images. Pas de souvenirs. Rien.

Quand on est le père qui part, on devient le salaud de l’histoire. Celui qui a tout cassé. Celui qu’on regarde autrement. Celui qui doit prouver, encore et encore, qu’il n’est pas que ça. Mais la case est cochée. Et on ne l’efface pas.

Vouloir compenser, tout le temps, par tous les moyens

Au début, je voulais que mes filles ne manquent de rien quand elles étaient avec moi. Pas seulement sur le plan matériel. Je voulais qu’elles passent un bon moment. Toujours. Que chaque week-end soit une réussite. Que chaque soirée laisse une trace douce.

Alors j’ai dit oui. Souvent. Trop.

Des sorties, des activités non stop, des voyages. Des journées no limit. Et puis le quotidien aussi : un resto de temps en temps, une commande Uber Eats un soir de flemme, un jouet pour rien, un dessin animé de plus avant de dormir. J’ai évité les conflits. J’ai laissé passer des choses que j’aurais reprises autrement.

Je ne cherchais pas à être le père « cool ». Je cherchais à préserver un lien. Une légèreté. Une forme de normalité dans ce qui ne l’était plus. Et à rattraper ce qu’on n’a pas eu, ce qu’on n’a pas donné, ce qu’on a peut-être raté.

Mais certaines habitudes se sont installées. L’attente du plaisir immédiat. La difficulté à entendre non. L’idée que « chez papa », c’est différent.

Dire non… puis céder, une fois sur deux

J’ai dit non, pourtant. Souvent. Mais tenir un non quand on est seul, c’est autre chose. Personne pour relayer. Personne pour confirmer. Personne pour détourner l’attention.

Encore une partie de FIFA. Encore quelques pages de manga. Encore un Lego à monter. Un dernier Babybel.

Je dis non. Je tiens cinq minutes. Et puis je lâche. Une décision sur deux, peut-être plus.

À un moment, céder devient plus simple que tenir. On se dit que ce n’est pas grave. Que ce soir, on laisse filer. Que demain, on reprendra. Sauf que demain ressemble souvent à aujourd’hui.

Excuser certains comportements par culpabilité

Il m’arrive de laisser passer des choses que je n’accepterais pas autrement. Une de mes filles qui ne répond pas à ma femme. L’autre qui ne la regarde pas quand elle lui parle. Ou qui ne me remercie pas pour une énième attention. Une parole sèche. Un ton qui monte sans raison.

Je me dis qu’elles traversent quelque chose. Que c’est normal. Qu’il faut leur laisser du temps.

Mais je me mens à moi-même. Évidemment que ce n’est pas normal.

Il faut comprendre que les enfants, eux aussi, encaissent à leur manière. Mais comprendre n’empêche pas de poser un cadre. On peut accueillir une émotion et rappeler une règle. On peut être doux et exigeant. Ce n’est pas contradictoire.

Les repas à la carte, ou le symbole du parent qui veut bien faire

C’est un détail. Mais il dit beaucoup.

Pendant un moment, j’ai cuisiné plusieurs plats le soir. Un pour l’une, un pour l’autre. Parce que celle-ci n’aimait pas ça. Parce que celle-là voulait autre chose. Parce que je n’avais pas envie de me battre. Parce que je voulais que le repas reste un moment calme.

Sauf qu’à force, le repas est devenu une négociation. Chacune commandait. Chacune attendait son menu. Et moi, je passais mon temps à gérer au lieu de m’asseoir avec elles.

Ça m’arrive encore. Moins qu’avant, mais ça arrive.

Sauf qu’aujourd’hui, on est sept à table. Et je sais que ça ne peut plus durer. Un repas pour tout le monde. On goûte. On ne force pas. Mais on ne choisit plus à la carte.

J’y travaille. Je n’y suis pas encore.

Seul, vraiment seul

On parle souvent de la fatigue des parents. Mais il y a une fatigue qu’on mesure mal : celle de n’avoir aucun relais.

Ma famille est à plus de mille kilomètres. Pas de grands-parents pour dépanner un mercredi. Pas de coup de main un soir où tout déborde. Pas de « dépose-les-moi ce week-end, souffle un peu ».

Rien.

Et à côté de ça, il y a le boulot. Des équipes à gérer. Des décisions à prendre. De la pression. Des responsabilités qui ne s’arrêtent pas parce qu’on a mal dormi ou parce qu’un enfant a fait une crise la veille.

On enchaîne. On tient. On serre les dents.

Ce n’est plus un tunnel. C’est le tunnel sous la Manche. En apnée.

Et quand on arrive à la maison, il faut encore être présent. Être patient. Être juste. Alors parfois, on n’y arrive pas. On cède. On laisse filer. Pas par faiblesse. Par survie.

Et puis tout doit changer

Je me suis remarié. Ma femme avait déjà un garçon. On a eu ensemble deux petits. On est sept à la maison maintenant.

Et c’est ce nouveau foyer, justement, qui m’a ouvert les yeux. Parce que ce qui pouvait passer avant ne peut plus passer. Dans une famille recomposée, on ne peut pas avoir deux logiques sous le même toit. Les petits voient. Les petits comparent. Et si les règles ne sont pas les mêmes pour tout le monde, c’est tout l’équilibre qui vacille.

Il y a des choses qui font mal à entendre. Mais il faut les entendre. Sentir parfois plus d’amour, plus de reconnaissance de la part de mon beau-fils que de mes propres filles, c’est dur. Vraiment dur. Mais ça ouvre les yeux. Ça montre le chantier qui m’attend.

Parce que la vérité, c’est que mon comportement ne leur a pas rendu service. À force de vouloir compenser, j’ai créé autre chose. Et aujourd’hui, c’est moi qui en souffre aussi.

Mes filles sont les grandes sœurs maintenant. Ce qu’elles font, ce qu’elles disent, leurs trois frères le voient. En tant que père, je dois être cohérent. Je ne peux pas exiger le respect des uns et fermer les yeux sur les autres.

On doit montrer l’exemple. Ensemble. Et elles aussi ont besoin de grandir avec les bonnes bases. Des repères solides. Un cadre qui les aide à avancer sereinement.

Ces erreurs, j’en fais encore beaucoup. J’y travaille. Mais le chemin est long.

Le regard d’aujourd’hui

Je n’écris pas ce texte pour me flageller. Ni pour donner des leçons. Je ne suis pas un exemple. Je suis un père qui fait ce qu’il peut, avec ce qu’il sait. Avec ce qu’il lui reste d’énergie certains soirs.

Ce que je comprends aujourd’hui, c’est que la plupart de mes erreurs viennent de la culpabilité. Pas du recul. Et que cette culpabilité, je commence seulement à la regarder en face.

Ce qui n’est pas réglé chez moi, ce qui déborde, ce qui dérape, ça touche tout le monde.

Vouloir trop bien faire, c’est encore une manière de vouloir contrôler. Contrôler l’image qu’on donne. Contrôler ce que les enfants ressentent. Contrôler ce qu’ils retiendront.

Mais on ne contrôle pas tout. Et ce n’est pas grave.

Poser un cadre, ce n’est pas être dur. C’est être présent autrement. C’est offrir une structure dans laquelle chaque enfant peut se repérer, même quand le reste bouge.

Être parent divorcé, ce n’est pas être un parent diminué. C’est apprendre autrement. Avec moins de filet. Avec moins de relais. Avec parfois l’impression de ne jamais faire assez. Jamais assez bien. Jamais assez vite.

Mais pas avec moins d’amour.

Et quand la famille s’agrandit, quand un nouveau foyer se construit, cet apprentissage prend une autre dimension. On n’apprend plus seulement pour soi.

On apprend pour eux tous. Chaque jour. Même quand on trébuche.

On se relève. Et on recommence.

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