En moyenne, un bébé commence à se retourner entre 4 et 6 mois, mais cette étape peut survenir plus tôt ou plus tard selon chaque enfant. Lorsque d’autres bébés du même âge semblent déjà se retourner, l’inquiétude peut s’installer. Pourtant, l’absence de retournement à un âge donné n’est pas forcément un signe de retard. Voici comment comprendre cette situation avec recul.
Pourquoi certains bébés mettent plus de temps
Un bébé qui ne se retourne pas à 5 mois, ou même à 6 mois, n’a pas nécessairement de problème. La fourchette normale est large, et beaucoup d’enfants prennent simplement leur temps.
Le développement moteur n’est pas une course. Certains bébés se concentrent d’abord sur d’autres compétences : la préhension, le babillage, l’exploration visuelle. Ils ne ressentent pas encore le besoin de bouger autant. D’autres sont très actifs dès les premiers mois et cherchent vite à se déplacer.
Les deux profils sont normaux. Un bébé qui observe beaucoup et bouge peu n’est pas « en retard ». Il développe simplement d’autres aspects en priorité. Le retournement viendra à son heure.
Les pédiatres de l’AFPA (Association Française de Pédiatrie Ambulatoire) rappellent sur mpedia.fr que « le développement moteur des enfants n’est pas pareil chez tout le monde ». Cette variabilité est la règle, pas l’exception.
Les grandes variations normales du développement moteur
Les repères donnés dans les livres ou sur Internet sont des moyennes, pas des normes. Quand on lit « les bébés se retournent vers 4-6 mois », cela signifie que c’est l’âge moyen observé sur un grand nombre d’enfants. Pas que tous les bébés doivent y arriver dans cette fenêtre.
En réalité, la fourchette normale s’étend de 3 à 8 mois environ. Un bébé qui se retourne à 7 mois est dans la norme. Un bébé qui ne se retourne pas encore à 6 mois n’est pas en retard.
Pour donner un ordre d’idée : selon l’AFPA, la tranche d’âge normale pour commencer à marcher va de 9 à 18 mois. C’est un écart de 9 mois pour une seule et même acquisition. Le retournement suit exactement la même logique de grande variabilité.
Le Dr Catherine Salinier, pédiatre et ancienne présidente de l’AFPA, précise que « c’est vers 7 mois en moyenne qu’un bébé se retourne en tous sens ». Votre bébé de 6 mois qui ne se retourne pas encore n’est donc pas en retard du tout par rapport à cette moyenne.
Ce qui peut influencer le rythme
Plusieurs facteurs peuvent expliquer qu’un bébé mette plus de temps à se retourner, sans que cela soit inquiétant.
L’environnement joue un rôle important. Un bébé qui passe beaucoup de temps en transat, en cosy ou dans les bras a moins d’occasions de s’entraîner au sol. Ce n’est pas une critique : le portage et la proximité ont plein de bénéfices. Mais pour le retournement, le temps passé à plat ventre ou sur le dos est déterminant.
La Haute Autorité de Santé (HAS) recommande de favoriser la motricité libre et spontanée du nourrisson, en le plaçant sur un tapis ferme au sol avec des jouets positionnés autour de lui. Les pédiatres de l’AFPA conseillent de « mettre bébé le moins possible dans un transat » et de lui laisser la liberté de ses mouvements.
La posture peut aussi influencer les choses. Certains bébés ont des tensions musculaires légères (torticolis, asymétrie) qui les gênent dans leurs mouvements. Ces tensions sont souvent liées à la position in utero ou à l’accouchement. Une consultation chez un kinésithérapeute à orientation pédiatrique peut parfois aider à débloquer la situation.
Le tempérament du bébé compte également. Certains sont des observateurs, d’autres des explorateurs. Les premiers bougent moins mais regardent beaucoup. Les seconds se lancent vite dans le mouvement. Les deux sont normaux.
La prématurité décale naturellement le calendrier. Un bébé né prématurément est souvent évalué selon son âge corrigé. Si votre bébé est né à 34 semaines, on considère qu’il a « 4 mois » quand il a 4 mois d’âge corrigé, pas 4 mois de vie.
Le poids peut jouer aussi. Les pédiatres notent régulièrement que les bébés plus costauds mettent parfois un peu plus de temps à se retourner. C’est une simple question de mécanique, pas un problème de développement.
Quand en parler simplement à un professionnel
Même si la plupart des situations sont normales, il peut être rassurant d’en parler à un professionnel de santé. Pas dans l’urgence, mais lors d’une consultation de routine.
Votre pédiatre, votre médecin généraliste ou le médecin de PMI peut observer votre bébé, évaluer son tonus, regarder comment il bouge, et vous donner un avis adapté à sa situation. C’est souvent l’occasion de se rassurer.
L’examen de suivi des 9 mois inclut un dépistage du développement psychomoteur (en plus de l’audition et de la vision). C’est un bon moment pour faire le point si vous avez des questions.
Quelques situations peuvent justifier une attention particulière :
- Un bébé qui ne montre aucun signe de préparation au retournement après 8-9 mois
- Un bébé qui semble avoir une faiblesse ou une raideur d’un côté du corps
- Un bébé qui régresse dans ses acquisitions (faisait quelque chose et ne le fait plus)
Dans ces cas, une évaluation plus poussée peut être proposée. Mais attention : « en parler à un professionnel » ne veut pas dire « s’alarmer ». La grande majorité des consultations pour ce type de question se terminent par un « tout va bien, on continue à observer ».
L’importance d’éviter les comparaisons
Les groupes de parents, les réseaux sociaux, les discussions à la crèche ou chez la nounou peuvent générer beaucoup d’anxiété. « Le mien se retournait déjà à 4 mois. » « Ma fille a marché à 10 mois. » Ces phrases, même bienveillantes, peuvent donner l’impression que votre bébé est « en retard ».
Il ne l’est pas. Les comparaisons entre bébés du même âge n’ont aucune valeur prédictive. Un bébé qui se retourne tôt ne sera pas meilleur en sport à 10 ans. Un bébé qui prend son temps ne sera pas moins agile à l’école primaire.
Le développement moteur précoce ne prédit rien de l’avenir. Ce qui compte, c’est que l’enfant progresse, à son rythme, dans un environnement qui lui permet d’explorer et d’expérimenter.
Si les comparaisons vous pèsent, essayez de prendre du recul. Votre bébé est unique. Son parcours aussi. Et dans quelques mois, personne ne se souviendra de qui s’est retourné en premier.
Ce que vous pouvez faire en attendant
Si vous souhaitez encourager le développement moteur de votre bébé sans le forcer, quelques pistes simples existent.
Augmentez le temps au sol. Posez votre bébé sur un tapis ferme, à plat ventre et sur le dos, plusieurs fois par jour. Placez des jouets colorés autour de lui pour l’inciter à tourner la tête.
Limitez le temps en position semi-assise. Réservez le transat et le cosy aux moments où c’est vraiment nécessaire. Le reste du temps, privilégiez le sol.
Allongez-vous à côté de lui. Quand vous le mettez sur le ventre, mettez-vous à sa hauteur. Parlez-lui, montrez-lui des jouets. Beaucoup de bébés n’aiment pas le ventre parce qu’ils se sentent seuls. Votre présence peut changer la donne.
Respectez son rythme. Ne le forcez pas à se retourner en le poussant ou en le basculant. Laissez-le expérimenter par lui-même. C’est le principe de la motricité libre, recommandé par la HAS et les pédiatres.
Observez les signes de préparation. S’il lève les jambes, se balance sur le côté, soulève sa tête en position ventrale : il est en chemin, même s’il n’y arrive pas encore.
Ce qu’il faut retenir
Un bébé qui ne se retourne pas encore à 5 ou 6 mois n’est pas nécessairement en retard. La fourchette normale est large, et de nombreux facteurs peuvent influencer le rythme de chaque enfant.
L’environnement, le tempérament, le tonus musculaire, les éventuelles tensions posturales : tout cela joue un rôle. Dans la plupart des cas, il suffit de laisser du temps au bébé et de lui offrir des occasions de s’entraîner au sol.
En cas de doute, une conversation avec un professionnel de santé permet de faire le point sereinement. Et surtout, évitez les comparaisons avec d’autres bébés : elles ne servent à rien et génèrent une anxiété inutile.
Questions fréquentes
Mon bébé de 7 mois ne se retourne pas, dois-je consulter ?
À 7 mois, beaucoup de bébés ne maîtrisent pas encore parfaitement le retournement, et c’est normal. Si votre bébé progresse dans d’autres domaines (tenue de tête, sourires, intérêt pour son environnement), il n’y a généralement pas de raison de s’alarmer. Parlez-en à votre médecin lors de la prochaine consultation de suivi pour avoir un avis adapté à votre situation.
Est-ce que le transat retarde le développement moteur ?
Un usage prolongé du transat peut limiter les occasions que le bébé a de s’entraîner au sol. Les pédiatres de l’AFPA recommandent de limiter le temps passé en transat et de privilégier le temps au sol sur un tapis d’éveil. Cela dit, un usage ponctuel n’a pas d’impact négatif.
Mon bébé déteste être sur le ventre, comment faire ?
C’est fréquent, surtout chez les bébés qui ont eu du reflux. Commencez par des sessions très courtes (1-2 minutes), allongez-vous à côté de lui pour le rassurer, et proposez-lui des jouets intéressants à regarder. Augmentez progressivement la durée. Si l’inconfort persiste, une consultation chez un kinésithérapeute ou un ostéopathe pédiatrique peut aider.
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Pour comprendre les repères généraux de cette étape, consultez notre article principal : À quel âge bébé se retourne-t-il ?
Le retournement est suivi par d’autres acquisitions motrices. Découvrez la suite dans À quel âge un bébé tient-il assis tout seul ?
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Journaliste de formation et père de quatre enfants, j’ai appris la parentalité comme beaucoup d’autres : en faisant, en me trompant parfois, et en ajustant au fil du quotidien.
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