Temps de lecture : 7 min | Mis à jour : février 2026
Écrans et enfants : où en est la recherche ?
Le débat sur les écrans et les enfants est souvent polarisé entre alarmisme et banalisation. La réalité scientifique est plus nuancée. Les études disponibles montrent des corrélations significatives entre une exposition précoce et prolongée aux écrans et certains effets sur le développement, sans que la causalité directe soit toujours démontrée.
En France, le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) a publié en 2020 un avis complet sur le sujet. L’Académie de médecine, l’Académie des sciences et la Société française de pédiatrie se sont également prononcées. Leurs conclusions convergent : avant 3 ans, l’exposition aux écrans doit être évitée autant que possible, et entre 3 et 6 ans, elle doit être strictement encadrée.
Les effets documentés par âge
Avant 3 ans : le cerveau en construction
Le cerveau du tout-petit se développe à une vitesse considérable pendant les 1 000 premiers jours. Il a besoin de stimulations multisensorielles (toucher, mouvement, voix humaine, regard) pour construire ses connexions neuronales. Un écran, même « éducatif », ne fournit qu’une stimulation visuelle et auditive passive, sans interaction réelle.
L’étude française ELFE (suivi de 18 000 enfants nés en 2011) a montré que les enfants exposés aux écrans avant 2 ans présentaient un risque accru de retard de langage à 3 ans et demi. D’autres études internationales confirment un lien entre temps d’écran élevé et difficultés de sommeil, d’attention et de régulation émotionnelle.
Entre 3 et 6 ans : l’encadrement fait la différence
Après 3 ans, la question n’est plus « zéro écran ou pas » mais « comment et combien ». Les contenus interactifs et adaptés à l’âge (programmes éducatifs de courte durée, visés avec un adulte qui commente et échange) n’ont pas les mêmes effets qu’un enfant laissé seul devant une tablette avec accès libre à YouTube.
Le HCSP recommande de ne pas dépasser une heure par jour à cet âge, et de privilégier un usage partagé (l’adulte regarde avec l’enfant, commente, pose des questions). L’écran ne doit jamais être utilisé pendant les repas, dans l’heure précédant le coucher, ni comme outil de récompense ou de punition.
Bon à savoir
La règle « 3-6-9-12 » de Serge Tisseron donne des repères simples : pas d’écran avant 3 ans, pas de console de jeu personnelle avant 6 ans, pas d’internet seul avant 9 ans, pas de réseaux sociaux avant 12 ans. Ce cadre, adopté par de nombreux pédiatres, offre un repère pratique pour les familles.
Écrans et sommeil : un lien bien établi
Le lien entre écrans et troubles du sommeil est l’un des mieux documentés. La lumière bleue émise par les écrans inhibe la sécrétion de mélatonine, l’hormone qui prépare le corps au sommeil. Chez le jeune enfant, dont le rythme circadien est encore en cours de maturation, cet effet est amplifié.
Les études montrent que les enfants exposés aux écrans dans l’heure précédant le coucher s’endorment plus difficilement, ont un sommeil plus fragmenté et dorment moins longtemps. Ces effets sont observés dès les premiers mois de vie. Couper les écrans au moins une heure avant le coucher est l’une des mesures les plus efficaces pour améliorer la qualité du sommeil.
Conseils pratiques pour les parents
L’objectif n’est pas de culpabiliser les parents qui utilisent parfois un écran, mais d’aider à trouver un équilibre réaliste. Quelques repères concrets pour le quotidien.
Avant 3 ans : privilégiez les jeux libres, la lecture, les comptines, le temps en extérieur. Si vous utilisez ponctuellement un écran (vidéoconférence avec un proche, court dessin animé), restez présent et commentez. Après 3 ans : définissez des créneaux (pas pendant les repas, pas avant le coucher), choisissez les contenus ensemble, regardez avec votre enfant, et proposez systématiquement une activité alternative après l’écran (dessin, jeu, sortie).
Attention
L’écran comme « baby-sitter » est une tentation compréhensible (fatigue, multitâche, besoin de calme). Le problème n’est pas l’usage occasionnel, mais l’exposition quotidienne prolongée et non encadrée. Un enfant de 2 ans exposé à la télévision en arrière-plan plusieurs heures par jour est concerné, même s’il « ne regarde pas vraiment ».
Ce qu’il faut retenir
Les écrans ne sont ni diaboliques ni inoffensifs. Leur impact dépend de l’âge de l’enfant, de la durée d’exposition, du type de contenu et du contexte d’utilisation (seul ou accompagné). Avant 3 ans, mieux vaut les éviter au maximum. Après, un usage encadré et partagé est compatible avec un développement harmonieux. L’essentiel est que l’écran ne remplace pas ce dont l’enfant a le plus besoin : l’interaction humaine, le jeu et le mouvement.
FAQ
Les programmes « éducatifs » pour bébés sont-ils bénéfiques ?
Les études montrent que les bébés de moins de 2 ans n’apprennent pas efficacement à partir d’un écran, même « éducatif ». Ils apprennent mieux par l’interaction directe avec un adulte. Après 3 ans, les contenus éducatifs de qualité (courts, interactifs, adaptés) peuvent avoir un intérêt s’ils sont utilisés avec un adulte.
Écrans et retard de langage : lien prouvé ?
Plusieurs études de cohorte (dont ELFE en France) montrent une corrélation statistique significative entre exposition précoce aux écrans et retard de langage. La causalité directe est difficile à prouver expérimentalement, mais le mécanisme principal est identifié : l’écran remplace les interactions verbales (conversation, lecture, comptines) qui stimulent le développement du langage.
Mon enfant réclame constamment l’écran : comment réagir ?
C’est normal : les écrans sont conçus pour capter l’attention. Définissez des règles claires et constantes (quand, combien de temps), prévenez avant la fin (« encore 5 minutes »), et proposez toujours une activité alternative immédiate. La transition est plus facile quand l’enfant sait à quoi s’attendre.
Sources
- HCSP, Effets de l’exposition des enfants et des jeunes aux écrans (2020)
- Santé publique France, Étude ELFE
Dernière vérification : février 2026
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Journaliste de formation et père de quatre enfants, j’ai appris la parentalité comme beaucoup d’autres : en faisant, en me trompant parfois, et en ajustant au fil du quotidien.
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