Pour les parents pressés
La constipation du nourrisson est très fréquente et presque toujours bénigne. Elle se définit par des selles dures, sèches et difficiles à émettre, et non simplement par des selles espacées. Un bébé allaité peut ne faire qu’une selle tous les 8 à 14 jours sans être constipé, tant que ses selles restent molles.
Dans plus de 95 % des cas, la constipation est fonctionnelle (sans maladie sous-jacente). Les solutions reposent sur des mesures simples : massages du ventre, mouvements de pédalage, adaptation alimentaire selon l’âge et, si besoin, un laxatif doux prescrit par le médecin.
Ne donnez jamais de laxatif, de lavement ou de suppositoire à un nourrisson sans avis médical.
Trois jours sans couche sale. Puis une selle dure, en petites billes, et un bébé qui force, qui rougit, qui pleure. Quand on voit son enfant souffrir pour aller à la selle, on voudrait pouvoir l’aider immédiatement. La bonne nouvelle, c’est que la constipation du nourrisson se résout presque toujours avec des gestes simples. Encore faut-il savoir si c’est vraiment de la constipation.
Constipation ou transit normal : savoir faire la différence
Beaucoup de parents s’inquiètent dès que les selles s’espacent, alors que le rythme intestinal d’un bébé varie énormément selon son âge et son alimentation. Ce qui définit la constipation, ce n’est pas la fréquence seule mais la combinaison de selles trop rares, trop dures et d’une exonération difficile ou douloureuse.
| Situation | Fréquence normale des selles | Aspect habituel |
|---|---|---|
| Nouveau-né (1re semaine) | 4 à 8 selles par jour | Méconium puis selles de transition |
| Bébé allaité (1ers mois) | Après chaque tétée à 1 fois tous les 8-14 jours | Molles, granuleuses, jaune d’or |
| Bébé au lait infantile | 1 à 3 selles par jour | Plus moulées, vert-jaune à brun |
| Enfant diversifié (> 6 mois) | 1 à 2 selles par jour (au moins 3/semaine) | Variables selon l’alimentation |
Le point essentiel concerne les bébés allaités : un nourrisson nourri au sein peut espacer ses selles jusqu’à une tous les 8 à 14 jours. Cela peut sembler inquiétant, mais c’est parfaitement normal tant que les selles restent molles et que bébé ne semble pas gêné. Le lait maternel est absorbé en quasi-totalité par le tube digestif et laisse très peu de résidus à évacuer. Ce n’est pas de la constipation.
À l’inverse, un bébé qui fait une selle tous les jours mais sous forme de petites billes dures et sèches, en forçant et en pleurant, est bel et bien constipé. Ce qui compte, c’est toujours la consistance des selles et le confort de l’enfant, pas le calendrier.
Un autre piège fréquent chez le nourrisson : la dyschésie. Vers 2 à 4 mois, bébé pousse, rougit, grogne, parfois pendant de longues minutes avant d’émettre une selle parfaitement normale et molle. Ce n’est pas de la constipation. Le nourrisson apprend simplement à coordonner la poussée abdominale et le relâchement du sphincter anal, deux gestes qui ne sont pas encore synchronisés. Cet apprentissage se résout spontanément et ne nécessite aucun traitement.
Les causes fréquentes de constipation chez le bébé
Dans plus de 95 % des cas, la constipation du nourrisson est fonctionnelle : aucune maladie n’est en cause. Elle résulte d’un ralentissement du transit lié à l’alimentation, à l’environnement ou au développement de l’enfant.
Le passage au lait infantile ou un changement de lait. Le lait maternel produit naturellement des selles molles. Lors du sevrage ou du passage à un lait infantile, le transit ralentit souvent. Certaines formules épaississent davantage les selles que d’autres. Si votre bébé refuse le biberon et que vous êtes en transition, le stress lié au changement d’alimentation peut aussi jouer. Un biberon mal dosé (trop de poudre par rapport à l’eau) est une cause classique : respectez toujours le principe d’une mesurette arasée pour 30 ml d’eau.
La diversification alimentaire. L’introduction des premiers aliments solides, vers 4 à 6 mois, bouleverse le transit. Certains aliments ralentissent le passage intestinal (carottes cuites, riz, banane, pomme crue), surtout si l’apport en fibres et en eau est insuffisant. Le tableau de diversification alimentaire peut vous aider à varier les apports et à repérer les aliments qui constipent.
Un manque d’hydratation. Avant la diversification, le lait (maternel ou infantile) couvre tous les besoins en eau. Après, il faut penser à proposer de l’eau régulièrement entre les repas, surtout en été, en cas de fièvre ou de chaleur. Une hydratation insuffisante produit des selles plus sèches et plus difficiles à évacuer.
Le cercle vicieux de la douleur. C’est le mécanisme le plus fréquent chez le nourrisson et le jeune enfant. Une selle dure provoque une douleur (parfois une petite fissure anale). Bébé associe alors l’émission des selles à la douleur et se retient, consciemment ou non. Les selles stagnent, se déshydratent davantage, deviennent encore plus dures et plus volumineuses, ce qui rend la prochaine défécation encore plus douloureuse. Ce cercle vicieux peut s’installer très vite et nécessite souvent un traitement laxatif pour être rompu.
Les périodes charnières. Certains moments de la vie du bébé favorisent la constipation : l’introduction des solides, l’apprentissage de la propreté (l’enfant se retient pour garder le contrôle), l’entrée en collectivité (crèche, nounou), un déménagement ou l’arrivée d’un petit frère ou d’une petite soeur. Le stress émotionnel, même chez un tout-petit, peut ralentir le transit.
Les solutions douces pour soulager bébé
Avant toute chose : ne donnez jamais de laxatif, de lavement ou de suppositoire à un nourrisson sans avoir consulté votre médecin ou pédiatre. Les premières mesures à mettre en place sont physiques et alimentaires.
Les gestes physiques
Le massage du ventre est le geste le plus accessible et souvent le plus efficace. Posez votre main à plat sur le ventre de bébé et effectuez des mouvements circulaires doux dans le sens des aiguilles d’une montre (le sens du transit intestinal), 3 à 4 fois par jour, idéalement avant les repas. Utilisez un peu d’huile d’amande douce pour que vos mains glissent bien. Ce massage stimule le péristaltisme et aide les gaz à progresser.
Le pédalage consiste à replier doucement les jambes de bébé sur son ventre, en alternance, comme s’il faisait du vélo. Ce mouvement exerce une légère pression sur l’abdomen et facilite la progression des selles. Combiné au massage, il donne souvent de bons résultats.
Le bain tiède détend les muscles abdominaux et peut déclencher une envie. Proposez un bain un peu plus long que d’habitude (10 à 15 minutes) quand bébé semble inconfortable.
La position physiologique aide l’enfant plus grand à mieux pousser. Dès que bébé tient assis (vers 6-8 mois), le fait de le laisser en position assise, genoux légèrement au-dessus des hanches (un petit marchepied sous les pieds quand il passe au pot), favorise le relâchement du sphincter et facilite l’évacuation.
Les adaptations alimentaires
Les ajustements dépendent de l’âge et du mode d’alimentation de votre enfant.
Avant la diversification (0-4/6 mois) : si bébé est allaité, la constipation est exceptionnelle et ne nécessite généralement aucune intervention. Si bébé est au lait infantile, vérifiez d’abord le dosage des biberons (une mesurette rase pour 30 ml d’eau, pas plus). Proposez quelques cuillères à café d’eau entre les biberons. Si la constipation persiste, parlez-en à votre pédiatre : il pourra vous orienter vers un lait adapté (certaines formules enrichies en lactose ou contenant des prébiotiques favorisent un transit plus souple).
Après la diversification (à partir de 4-6 mois) : introduisez progressivement des fruits et légumes riches en fibres qui accélèrent le transit. Les pruneaux (en compote ou en jus dilué) sont le grand classique, mais les courgettes, les haricots verts, les poireaux, les poires et les figues fonctionnent très bien aussi. Limitez temporairement les aliments qui ralentissent le transit (riz, carottes cuites, banane, pomme crue, féculents raffinés). Proposez de l’eau régulièrement entre les repas.
| Aliments qui favorisent le transit | Aliments qui ralentissent le transit |
|---|---|
| Pruneaux, figues, raisins | Riz blanc, semoule |
| Poire, orange, kiwi (selon l’âge) | Carotte cuite, banane |
| Courgette, haricots verts, poireaux | Pomme crue, coing |
| Épinards, brocoli | Pomme de terre (en excès) |
| Céréales complètes (après 6 mois) | Chocolat, féculents raffinés |
Un point important sur l’eau Hépar, souvent recommandée par l’entourage : cette eau très riche en magnésium (119 mg/L) peut avoir un effet laxatif, mais elle est fortement minéralisée (résidu sec de 2513 mg/L). Chez les nourrissons de moins de 3 ans, dont les reins ne sont pas encore matures, elle n’est pas adaptée à une consommation régulière. Ne l’utilisez que ponctuellement et sur avis médical. Pour les biberons du quotidien, préférez une eau faiblement minéralisée (Evian, Volvic, Mont Roucous).
Quand le médecin prescrit un traitement
Si les mesures alimentaires et physiques ne suffisent pas après quelques jours, ou si la constipation est installée depuis plusieurs semaines, votre médecin pourra prescrire un traitement adapté à l’âge de votre bébé.
Les laxatifs osmotiques sont le traitement de première intention. Le macrogol (Forlax, Transipeg, Movicol) et le lactulose (Duphalac) agissent en attirant l’eau dans les selles pour les ramollir. Ils ne sont ni absorbés par l’intestin ni irritants. La dose est adaptée progressivement jusqu’à obtenir des selles molles et régulières. Le traitement peut durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois en cas de constipation chronique : c’est normal et sans danger.
Les suppositoires de glycérine peuvent être utilisés ponctuellement pour déclencher une selle quand bébé est très inconfortable. Ils agissent localement en lubrifiant le rectum. Mais leur usage doit rester rare : à long terme, ils empêchent l’enfant de développer le réflexe naturel de défécation.
L’huile de paraffine (Lansoyl) lubrifie les selles et facilite leur passage. Elle est efficace mais présente un risque de pneumopathie en cas de fausse route. Elle est donc à utiliser avec précaution chez les nourrissons qui régurgitent beaucoup.
Ce qu’il ne faut pas faire :
Stimuler le rectum avec un thermomètre, un coton-tige ou le bout d’un suppositoire. Cette pratique, encore conseillée par certains entourages, crée une dépendance à la stimulation et empêche bébé d’apprendre à déclencher la défécation seul.
Donner des tisanes laxatives ou des remèdes « naturels » non adaptés aux nourrissons. Les plantes peuvent contenir des principes actifs puissants et potentiellement dangereux pour un bébé.
Enrichir les biberons en ajoutant davantage de poudre pour « épaissir le transit » : cela provoque l’effet inverse et risque de déshydrater l’enfant.
Constipation et coliques : ne pas confondre
Les deux sont fréquents dans les premiers mois et il est facile de les confondre. Un bébé qui pleure en repliant les jambes sur le ventre n’est pas forcément constipé : il souffre peut-être de coliques du nourrisson.
Les coliques se caractérisent par des pleurs intenses, souvent en fin de journée, chez un bébé qui mange bien, prend du poids et dont les selles sont normales. La constipation, elle, se manifeste par des selles dures et rares, des efforts douloureux au moment de la défécation et souvent un ventre ballonné entre les selles. Si les pleurs de fin de journée de votre bébé vous inquiètent, observez ses selles : si elles sont molles et régulières, cherchez plutôt du côté des coliques.
Les signes d’alerte : quand consulter
La constipation fonctionnelle est bénigne et fréquente. Mais certaines situations doivent vous amener à consulter sans tarder.
Consultez votre médecin si :
La constipation est apparue dès les premières semaines de vie (retard à l’émission du méconium ou constipation néonatale).
Bébé ne prend pas suffisamment de poids ou sa courbe de croissance stagne.
Vous observez du sang dans les selles (un filet rouge vif évoque souvent une fissure anale, mais doit être vérifié).
Le ventre de bébé est très ballonné, dur et douloureux.
Bébé vomit de façon répétée.
La constipation résiste à plusieurs semaines de mesures diététiques bien conduites.
Bébé présente d’autres symptômes associés : fièvre, fatigue inhabituelle, perte d’appétit persistante, eczéma.
Ces signes peuvent évoquer une cause organique qu’il faut rechercher. La maladie de Hirschsprung (absence de cellules nerveuses dans une partie du côlon) est la cause organique la plus connue, même si elle reste rare (1 naissance sur 5 000). Elle se révèle le plus souvent par un retard à l’émission du méconium dans les 24 premières heures de vie. D’autres causes organiques existent (hypothyroïdie, allergie aux protéines de lait de vache, maladie coeliaque, mucoviscidose), mais elles sont recherchées uniquement quand l’examen clinique ou l’évolution le justifient. Votre médecin saura les évoquer si nécessaire.
Selon l’Assurance Maladie, un enfant constipé qui souffre beaucoup, dont le ventre est enflé, tendu et douloureux, ou qui vomit sans cesse doit être vu en consultation le jour même.
Constipation et diversification : un moment clé
La période de la diversification alimentaire est le moment où la constipation apparait le plus fréquemment. Le système digestif de bébé, habitué au lait (liquide, facile à digérer), doit soudain traiter des aliments solides avec des textures, des fibres et une composition très différentes.
Pour limiter le risque de constipation pendant cette transition, introduisez les nouveaux aliments un par un, en petites quantités, et alternez les légumes riches en fibres (courgettes, haricots verts, épinards) avec ceux qui ralentissent le transit (carottes, pommes de terre). Proposez de l’eau à chaque repas. Si les selles deviennent dures après l’introduction d’un aliment, mettez-le de côté quelques jours et proposez-le à nouveau plus tard, en plus petite quantité.
Certains parents s’inquiètent aussi de voir les selles changer radicalement de couleur, de texture et d’odeur avec la diversification. C’est tout à fait normal : les selles s’adaptent à ce que bébé mange. Tant qu’elles restent d’une consistance raisonnable (ni trop dures ni trop liquides) et que bébé les émet sans douleur, tout va bien.
Questions fréquentes
Mon bébé allaité n’a pas fait de selle depuis 10 jours, est-ce grave ?
Non, à condition que bébé aille bien par ailleurs. Un nourrisson allaité exclusivement au sein peut avoir des intervalles très longs entre les selles (jusqu’à 14 jours) sans que ce soit une constipation. Le lait maternel est tellement bien absorbé qu’il laisse très peu de résidus. Tant que votre bébé tète normalement, prend du poids, n’a pas le ventre ballonné et que la prochaine selle est molle (pas dure en billes), il n’y a rien à faire. En revanche, si la selle qui finit par arriver est dure et douloureuse, ou si bébé semble inconfortable, parlez-en à votre pédiatre.
Faut-il changer de lait infantile si bébé est constipé ?
Pas systématiquement. Commencez par vérifier le dosage des biberons (une mesurette rase pour 30 ml d’eau) et proposez de l’eau entre les repas. Si la constipation persiste malgré ces ajustements, votre pédiatre pourra effectivement vous orienter vers un lait « confort » ou un lait enrichi en lactose ou en prébiotiques, qui favorisent des selles plus molles. Ne changez pas de lait de votre propre initiative sans avis médical : tous les laits n’ont pas la même composition et un changement mal adapté pourrait aggraver le problème ou provoquer d’autres troubles digestifs comme des régurgitations.
Le jus de pruneau fonctionne-t-il vraiment chez le nourrisson ?
Le jus de pruneau (ou la compote de pruneaux diluée dans un peu d’eau) est un remède traditionnel qui a fait ses preuves. Le pruneau contient du sorbitol, un sucre à effet osmotique qui attire l’eau dans les selles. Chez un bébé diversifié (à partir de 4-6 mois), vous pouvez proposer quelques cuillères à café de jus de pruneau dilué ou de compote de pruneaux mixée fine. Avant l’âge de la diversification, ne donnez pas de jus de fruits sans avis médical. Et dans tous les cas, le jus de pruneau ne remplace pas une consultation si la constipation persiste ou si bébé souffre.
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Journaliste de formation et père de quatre enfants, j’ai appris la parentalité comme beaucoup d’autres : en faisant, en me trompant parfois, et en ajustant au fil du quotidien.
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