Prénoms interdits : ce que la loi française autorise (et refuse) vraiment

Il n’existe aucune liste officielle de prénoms interdits en France. Depuis la loi du 8 janvier 1993, les parents choisissent librement le prénom de leur enfant, mais l’officier d’état civil peut alerter le procureur si le prénom paraît contraire à l’intérêt de l’enfant.

En bref

1. L’article 57 du Code civil encadre le choix du prénom sans fournir de liste fermée

2. Nutella, Fraise, Titeuf, Lucifer ou Manhattan font partie des prénoms refusés par la justice

3. Seul un juge aux affaires familiales peut ordonner la suppression d’un prénom

Temps de lecture : 7 min | Mis à jour : avril 2026

En France, le prénom interdit au sens strict n’existe pas. Aucune liste noire officielle ne circule dans les mairies. Pourtant, chaque année, des parents se voient refuser un prénom jugé contraire à l’intérêt de l’enfant. Le sujet fait régulièrement le tour des réseaux sociaux, souvent avec des informations approximatives. Voici ce que dit réellement la loi, comment fonctionne la procédure, et quels prénoms ont été refusés par les tribunaux français.

Ce que dit la loi sur le choix du prénom

Avant 1993, le choix du prénom était limité aux saints du calendrier et aux personnages de l’histoire ancienne. La loi du 8 janvier 1993 a profondément changé la donne en posant un principe de liberté totale pour les parents. L’article 57 du Code civil précise que les parents choisissent librement le prénom de leur enfant.

Cette liberté a toutefois deux limites. Le prénom ne doit pas être contraire à l’intérêt de l’enfant. Il ne doit pas non plus porter atteinte au droit d’un tiers à voir protéger son nom de famille. Concrètement, un prénom qui exposerait l’enfant aux moqueries, qui serait grossier ou qui reprendrait le nom de famille d’une autre personne peut être contesté.

La circulaire du 28 octobre 2011 précise les cas de figure qui doivent alerter l’officier d’état civil : prénoms ayant une consonance ridicule, péjorative ou grossière, ceux difficiles à porter en raison de leur complexité, ou encore les vocables de « pure fantaisie ». Mais cette circulaire n’a pas force de loi, elle sert uniquement de guide.

Bon à savoir

L’officier d’état civil ne peut pas refuser d’enregistrer un prénom. Son rôle se limite à signaler un prénom douteux au procureur de la République. L’enfant est donc toujours inscrit avec le prénom choisi par les parents, même si une procédure est engagée en parallèle.

Comment fonctionne la procédure de contestation

Quand un officier d’état civil estime qu’un prénom pose problème, il en avise le procureur de la République sans délai. Le procureur examine le dossier et décide de saisir ou non le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire. Les parents sont convoqués et peuvent défendre leur choix.

Si le juge considère que le prénom est contraire à l’intérêt de l’enfant, il ordonne sa suppression des registres d’état civil. Les parents disposent alors d’un délai pour proposer un nouveau prénom. S’ils ne le font pas, le juge choisit lui-même un prénom de remplacement. Cette décision est susceptible d’appel.

Toute la procédure repose sur une appréciation au cas par cas. Un même prénom peut être accepté dans un département et contesté dans un autre, selon la sensibilité du procureur et les circonstances. Si vous préparez l’arrivée de votre enfant, consultez aussi notre guide sur le congé de naissance pour anticiper les démarches administratives.

Les prénoms refusés les plus connus

Plusieurs décisions de justice ont marqué les esprits. Le tribunal de Valenciennes a refusé « Nutella » en 2015, estimant que ce prénom de marque commerciale exposerait l’enfant aux moqueries. La même année, « Fraise » a été jugé trop fantaisiste pour être porté toute une vie.

« Titeuf », en référence au personnage de bande dessinée, a été supprimé par le tribunal de Pontoise. La cour d’appel a confirmé la décision, considérant qu’un héros comique pour enfants ne constituait pas un prénom sérieux. « Lucifer » a systématiquement été rejeté pour sa connotation diabolique dans la tradition chrétienne.

D’autres cas moins médiatisés existent. « Manhattan » a été refusé dès 1984. « Babord » et « Tribord » pour des jumeaux, « MJ » pour les initiales de Michael Jackson, « Clitorine » pour sa référence anatomique, « Daemon » pour sa consonance avec « démon », ou encore « Mégane Renault » pour la confusion avec la marque automobile ont tous fait l’objet de décisions défavorables.

Des prénoms comme « Joyeux », « Patriste », « Folavril » et « Dilleur » ont également été écartés ces dernières années. Les juges ont estimé que ces choix de pure fantaisie risquaient de nuire au développement social de l’enfant.

Attention

L’association d’un prénom courant avec un nom de famille peut aussi poser problème. « Mégane Renault » a été refusé non pas à cause du prénom seul, mais parce que la combinaison prénom + nom créait une confusion avec une marque. Pensez toujours à vérifier l’ensemble prénom-nom avant la déclaration.

Les critères retenus par les juges

À travers la jurisprudence, quatre grands critères se dégagent pour évaluer un prénom. Le risque de moquerie arrive en tête : le juge se projette dans la vie scolaire, professionnelle et sociale de l’enfant. Un prénom qui prête systématiquement à rire fragilise l’enfant dans ses interactions quotidiennes.

La référence inappropriée constitue le deuxième motif. Personnages négatifs (Lucifer, Daemon), marques commerciales (Nutella, Mini Cooper), termes anatomiques (Clitorine) ou termes maritimes attribués à des jumeaux (Babord, Tribord) relèvent de cette catégorie. Le troisième critère concerne la fantaisie excessive : des suites de lettres sans signification ou des jeux de mots qui ne fonctionnent qu’à l’oral.

Le quatrième critère porte sur la confusion avec un nom de famille ou une marque connue. Les juges vérifient que le prénom, associé au nom de famille, ne crée pas un ensemble ridicule ou trompeur. Si vous hésitez entre plusieurs prénoms, notre article sur le top des prénoms 2026 peut vous donner des pistes d’inspiration plus classiques.

Et les prénoms originaux, sont-ils risqués ?

Originalité ne veut pas dire interdiction. Des milliers de prénoms rares, étrangers ou inventés sont acceptés chaque année en France sans la moindre difficulté. Luna, Maël, Nael, Liam ou encore Inaya étaient considérés comme très originaux il y a vingt ans et figurent aujourd’hui dans le top 50 national.

Les prénoms issus d’autres cultures passent sans problème tant qu’ils remplissent la fonction de prénom. Le juge n’évalue pas le goût des parents mais le préjudice potentiel pour l’enfant. Un prénom rare ou étranger qui sonne comme un vrai prénom ne sera pas contesté. Le risque commence quand le choix relève manifestement de la provocation, du jeu de mots ou de la référence déplacée.

Si l’officier d’état civil vous interroge sur votre choix, ne paniquez pas. Cette démarche est normale et ne signifie pas que votre prénom sera refusé. Expliquez sereinement l’origine et la signification du prénom. Dans la grande majorité des cas, le procureur classe le signalement sans suite.

Ce qu’il faut retenir

1. Il n’existe aucune liste officielle de prénoms interdits en France. Le principe est la liberté totale depuis 1993.

2. L’article 57 du Code civil pose deux limites : le prénom ne doit pas nuire à l’intérêt de l’enfant ni porter atteinte au nom de famille d’un tiers.

3. L’officier d’état civil ne refuse pas un prénom, il signale au procureur. Seul le juge aux affaires familiales peut ordonner une suppression.

4. Les critères de refus portent sur le risque de moquerie, les références inappropriées, la fantaisie excessive et la confusion prénom-nom.

5. Les prénoms originaux ou étrangers sont parfaitement acceptés. Seuls les choix manifestement préjudiciables sont contestés.

Questions fréquentes

Un officier d’état civil peut-il refuser d’enregistrer un prénom ?

Non, l’officier d’état civil n’a pas le pouvoir de refuser un prénom. Il enregistre systématiquement la naissance avec le prénom choisi par les parents. S’il a un doute, il signale le prénom au procureur de la République, qui décide ensuite de saisir ou non le juge aux affaires familiales. Le bébé porte donc bien le prénom contesté tant qu’aucune décision de justice n’intervient.

Quels prénoms ont été refusés en France ?

Parmi les cas les plus connus : Nutella, Fraise, Titeuf, Lucifer, Manhattan, MJ, Daemon, Clitorine, Mini Cooper, Joyeux, Folavril, Patriste et Dilleur. L’association « Mégane » avec le nom de famille « Renault » et les prénoms « Babord » et « Tribord » pour des jumeaux ont également été refusés. Chaque décision repose sur un jugement au cas par cas.

Peut-on donner un prénom étranger en France ?

Oui, les prénoms étrangers sont parfaitement autorisés en France. La loi de 1993 a supprimé l’ancienne obligation de choisir parmi les saints du calendrier. Un prénom arabe, asiatique, scandinave ou africain est enregistré sans difficulté dès lors qu’il remplit sa fonction de prénom et ne porte pas atteinte à l’intérêt de l’enfant.

Que faire si le procureur conteste le prénom choisi ?

Si le procureur saisit le juge aux affaires familiales, vous serez convoqué pour défendre votre choix. Préparez les éléments qui justifient le prénom : origine culturelle, signification, usage dans d’autres pays. Si le juge confirme le refus, vous disposez d’un délai pour proposer un nouveau prénom. À défaut, le juge en attribue un d’office. La décision est susceptible d’appel devant la cour d’appel.

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