Temps de lecture : 7 min | Mis à jour : août 2026
Le congé supplémentaire de naissance est entré en vigueur le 1er juillet 2026. Sur le papier, la promesse est simple : un à deux mois de congé indemnisé par parent, en plus du congé maternité ou paternité. Dans les faits, des milliers de familles ont posé ce congé en juillet et attendent toujours le premier virement. Les forums de l’Assurance maladie et les réseaux sociaux se remplissent de messages identiques : dossier transmis, aucun paiement, aucune explication claire. Cette situation touche aussi notre propre famille, ce qui nous a poussés à décortiquer le mécanisme de versement. Voici ce qui bloque réellement, et surtout dans quel ordre agir pour débloquer un dossier.
Qui verse le congé de naissance, la CPAM ou la CAF ?
C’est l’Assurance maladie, donc votre CPAM, qui verse l’indemnité du congé supplémentaire de naissance. La CAF n’intervient pas dans ce paiement, contrairement à la prime à la naissance ou à la PAJE. Cette confusion fait perdre du temps à beaucoup de parents qui relancent la mauvaise caisse pendant des semaines.
Autre point souvent mal compris : l’employeur n’a aucune obligation légale de verser un complément de salaire pendant ce congé. L’indemnité arrive donc directement sur votre compte bancaire, versée par la CPAM, et non via votre bulletin de paie. Certaines conventions collectives prévoient mieux, et la subrogation reste possible : il vaut la peine de vérifier votre accord d’entreprise.
Bon à savoir
Pour un salarié, c’est l’employeur qui transmet la demande à la CPAM après avoir été prévenu par écrit. Vous n’avez donc rien à envoyer vous-même à votre caisse, mais vous avez tout intérêt à vérifier que la transmission a bien eu lieu.
Quand le congé de naissance est-il versé exactement ?
L’indemnité est versée à terme échu, c’est-à-dire une fois la période mensuelle de congé entièrement écoulée. L’Assurance maladie l’a confirmé sur son forum officiel : le premier versement intervient à la fin de la première période mensuelle, le second à la fin de la deuxième. Le calcul se fait de date à date, pas par mois calendaire.
Concrètement, un congé démarré le 15 juillet se termine le 14 août inclus et ne génère aucun droit à paiement avant cette date. Ajoutez ensuite le délai de traitement de la caisse. Beaucoup de parents pensaient recevoir une avance dès le début du congé : ce n’est jamais le cas. Ce décalage structurel de plus d’un mois explique à lui seul une grande partie des situations vécues comme un retard en juillet et début août 2026.
| Date de début du congé | Fin de la 1re période | 1er paiement possible à partir de |
|---|---|---|
| 1er juillet 2026 | 31 juillet 2026 | début août 2026 |
| 15 juillet 2026 | 14 août 2026 | mi-août 2026 |
| 1er septembre 2026 | 30 septembre 2026 | début octobre 2026 |
Pourquoi tant de parents ne sont-ils toujours pas payés ?
Au décalage normal du terme échu s’ajoute un engorgement bien réel des caisses. Le gouvernement l’avait d’ailleurs annoncé lui-même : dans sa communication sur l’accélération du calendrier, le ministère du Travail et des Solidarités écrit que cette entrée en vigueur plus rapide que prévue « pourra malheureusement conduire à des délais d’indemnisation et une lourdeur administrative plus importante que les modalités de déploiement initialement envisagées, qui étaient davantage automatisées ».
Le dispositif a été voté dans le budget de la Sécurité sociale adopté le 16 décembre 2025 et promulgué le 30 décembre 2025, pour une application six mois plus tard. Les caisses ont donc dû traiter à la main des dossiers qui devaient à l’origine être automatisés. Avec 643 905 naissances recensées en 2025 par l’INSEE, et deux parents potentiellement concernés par enfant né depuis le 1er janvier 2026, le volume à absorber d’un coup est considérable.
S’ajoute un facteur saisonnier : en juillet et août, les services paie des entreprises tournent au ralenti et transmettent les éléments de salaire plus tard. Les premiers versements ont commencé à tomber début août 2026, avec des dossiers programmés pour instruction seulement en septembre.
Quels blocages empêchent le paiement de partir ?
Quatre anomalies concentrent la majorité des dossiers suspendus. Les identifier permet de savoir qui relancer, et cela change tout : dans la moitié des cas, la balle n’est pas dans le camp de la CPAM.
La déclaration de l’employeur n’est pas arrivée
C’est la cause numéro un. Le salarié prévient son employeur par écrit, au minimum un mois avant le début du congé, ou quinze jours si le congé suit immédiatement un congé paternité. L’employeur transmet ensuite la demande à la caisse. Si cette transmission n’a pas été faite, ou si elle est incomplète, le dossier n’existe tout simplement pas dans le système de la CPAM. Aucun message d’erreur ne vous prévient.
Les conditions d’ouverture des droits ne sont pas remplies
Pour un salarié, trois conditions se cumulent : six mois d’affiliation à la Sécurité sociale à la date de début du congé, 150 heures travaillées sur les trois mois précédents ou un salaire soumis à cotisations égal à 1 015 fois le SMIC horaire sur six mois, et surtout l’épuisement complet du congé maternité, paternité ou adoption. Un congé maternité non terminé bloque le versement. Les conditions détaillées du congé de naissance méritent d’être revérifiées ligne à ligne avant toute relance.
Une prestation incompatible est encore active
L’indemnité ne se cumule pas, sur la même période, avec la PreParE du congé parental, les allocations chômage, les indemnités journalières maladie, maternité ou accident du travail, l’AJPP et l’AJPA. La PreParE et ce congé restent cumulables l’un après l’autre, dans n’importe quel ordre. Le complément de libre choix du mode de garde fait l’objet d’une exception transitoire : le cumul est admis pour les enfants nés ou adoptés entre le 1er janvier et le 30 juin 2026.
Une erreur de saisie sur les dates ou l’état civil
Date de naissance de l’enfant erronée, bulletins de salaire illisibles, dates de congé incohérentes entre la déclaration employeur et la réalité : ces anomalies suspendent l’instruction sans notification automatique. Plusieurs parents rapportent avoir renvoyé trois fois les mêmes bulletins de salaire avant déblocage.
Attention
Le congé doit débuter dans les neuf mois suivant la naissance ou l’arrivée au foyer. Pour les enfants nés entre le 1er janvier et le 30 juin 2026, ce délai court à partir du 1er juillet 2026 : le congé doit donc démarrer au plus tard le 31 mars 2027, et il se poursuit ensuite normalement. Décaler son départ pour éviter l’engorgement actuel reste donc possible, à condition de rester dans cette borne.
Que faire si le versement du congé de naissance tarde ?
La bonne méthode consiste à remonter la chaîne dans l’ordre, du plus rapide au plus formel. Sauter les étapes fait perdre du temps, car le médiateur intervient après une réclamation restée sans réponse satisfaisante.
Étape 1 : vérifier ce que voit réellement la CPAM
Connectez-vous à votre compte ameli et regardez la rubrique des paiements et des demandes en cours. Si aucune ligne « congé supplémentaire de naissance » n’apparaît, le dossier n’a probablement jamais été créé. Ce constat en trois minutes évite des semaines d’attente passive.
Étape 2 : demander la preuve de transmission à l’employeur
Demandez au service paie une copie de la déclaration envoyée et sa date d’envoi. Un employeur de bonne foi peut retransmettre en quelques heures. Gardez cet échange par écrit, il servira de pièce si le litige se prolonge.
Étape 3 : déposer une réclamation écrite
Depuis votre compte ameli, la messagerie permet de déposer une réclamation formelle. Contrairement à un appel au 3646, la réclamation écrite laisse une trace datée et déclenche un circuit de traitement identifié. Décrivez les dates de congé, la date de transmission par l’employeur et la somme attendue.
Étape 4 : saisir le médiateur de l’Assurance maladie
Si la réclamation n’aboutit pas, le médiateur de votre caisse peut être saisi gratuitement, depuis le compte ameli ou par courrier. Le médiateur n’a pas de pouvoir de décision, il émet des avis et propose des solutions à l’amiable. Sa saisine suspend en revanche le délai de recours pour contester une décision de l’Assurance maladie, ce qui protège vos droits pendant l’échange.
Comment tenir financièrement en attendant le versement ?
Un mois et demi sans revenu de remplacement met un budget familial en tension immédiate, surtout après une naissance. Trois leviers existent, et ils s’actionnent en parallèle des démarches ci-dessus.
Le service social de votre CPAM peut étudier une aide financière exceptionnelle en cas de rupture de ressources liée à un retard d’indemnisation. Le CCAS de votre commune instruit des aides d’urgence, notamment alimentaires, et le Fonds de solidarité pour le logement intervient sur les loyers et les factures d’énergie impayés.
Côté banque, une demande écrite de suspension temporaire des frais d’incident, appuyée par un justificatif de dossier en cours à la CPAM, aboutit plus souvent qu’on ne le croit. Enfin, prévenez le bailleur avant l’impayé plutôt qu’après : un délai négocié coûte toujours moins cher qu’une procédure.
Est-il normal de se sentir en colère face à cette situation ?
Oui, et cette colère est légitime. On annonce à des parents un droit nouveau, on les invite à poser ce congé pour être présents auprès de leur bébé, puis on les laisse sans revenu pendant des semaines au moment précis où les dépenses explosent. Ce décalage entre la promesse politique et la réalité administrative n’a rien d’un ressenti exagéré.
Vous n’avez pas mal rempli votre dossier, et vous n’êtes pas seul. Ce qui reste sous votre contrôle, c’est la trace écrite : chaque date, chaque échange, chaque envoi documenté. C’est cette trace qui fait avancer un dossier bloqué, bien plus que le nombre d’appels passés.
Ce qu’il faut retenir
Questions fréquentes sur le congé de naissance non payé
Combien de temps la CPAM a-t-elle pour payer le congé de naissance ?
Aucun délai maximal légal n’est fixé pour le versement de cette indemnité. La caisse instruit le dossier une fois la période mensuelle de congé terminée et la déclaration employeur reçue. En pratique, l’été 2026 a vu des délais de plusieurs semaines après la fin de la première période, avec des premiers virements constatés à partir du 3 août 2026.
Combien touche-t-on pendant le congé supplémentaire de naissance ?
Pour un salarié, le premier mois est indemnisé à 70 % du salaire net antérieur et le second à 60 %, dans la limite du plafond mensuel de la Sécurité sociale fixé à 4 005 euros au 1er janvier 2026. Le calcul s’appuie sur les salaires des trois mois précédant le congé. Les travailleurs indépendants perçoivent une indemnité journalière forfaitaire dégressive.
Mon employeur peut-il refuser le congé supplémentaire de naissance ?
Non. Dès lors que les conditions sont remplies et que le délai de prévenance est respecté, l’employeur ne peut pas refuser ce congé. Le salarié bénéficie en outre d’une protection contre le licenciement pendant la période de congé. Le délai de prévenance est d’un mois, ramené à quinze jours quand le congé suit immédiatement un congé paternité ou d’adoption.
Faut-il attendre le paiement du premier mois avant de poser le second ?
Ce n’est pas obligatoire, mais c’est souvent prudent. Le congé se fractionne en deux périodes d’un mois, dont le départ doit intervenir dans les neuf mois suivant la naissance. Vérifier que le premier versement est bien parti avant d’enchaîner évite de cumuler deux mois sans revenu. Pour les enfants nés au premier semestre 2026, la seconde période doit démarrer au plus tard le 31 mars 2027.
Sources
- Ameli.fr, congé supplémentaire de naissance : conditions et démarches
- Ameli.fr, montant des indemnités journalières
- Service-public.gouv.fr, foire aux questions sur le congé supplémentaire de naissance
- Ministère du Travail et des Solidarités, déploiement accéléré du dispositif
- Code du travail numérique, ce qui change au 1er juillet 2026
- Ameli.fr, saisir le médiateur de l’Assurance maladie
- INSEE, les naissances en 2025
Dernière vérification : août 2026
Cet article présente une information générale sur un dispositif en cours de déploiement. Les délais constatés évoluent d’une caisse à l’autre. Pour une situation individuelle, rapprochez-vous de votre CPAM.
L’auteur
Rédaction Avis-Parents, animée par Olivier, père de quatre enfants et fondateur du site. Cet article s’appuie sur les textes officiels et sur une situation vécue au sein de la rédaction en août 2026. Notre ligne éditoriale et nos méthodes sont détaillées sur la page À propos.
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Journaliste de formation et père de quatre enfants, j’ai appris la parentalité comme beaucoup d’autres : en faisant, en me trompant parfois, et en ajustant au fil du quotidien.
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